La rousse est particulière

Philippe Gouillou - 7 janvier 2018 - MàJ 4 mai 2018  - https://evopsy.com/abstracts/rousse-frost.html
Tags : Beauty, SexDif, Women, Anthropology
Pourquoi la rousseur n'est-elle pas plus fréquente alors que les femmes rousses attirent plus et que les roux des deux sexes bénéficient d'une plus grande fécondité ? Une nouvelle étude de Peter Frost, Karel Kleisner et Jaroslav Flegr montre un fort impact de la rousseur sur la santé des femmes.

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"I'm not bad, I've been drawn that way" Jessica Rabbit

La femme rousse allie l'odeur du souffre à la couleur du diable. Réputée bénéficier d'une plus grande sociosexualité, elle a été selon les époques adulée ou condamnée. De nos jours, elle représente la femme fatale, et parfois même la putain qui fait tant fantasmer les hommes.

Mais tout n'est pas parfait : une nouvelle étude de Frost et al. (2017) auprès de plus de 7 000 Tchèques et Slovaques montre que la rousseur des femmes a un impact négatif sur leur santé, et qu'elle est quatre fois moins corrélée au nombre de partenaires sexuels que le tabagisme (0,061 contre 0,246)...

Ci-après : la référence de l'étude, le Communiqué de presse de l'Université Laval en français, la traduction de l'abstract et la version originale (anglais) de l'abstract.

Références

Frost, P., Kleisner, K., & Flegr, J. (2017). Health status by gender, hair color, and eye color: Red-haired women are the most divergent. PLOS ONE, 12(12), e0190238. doi:10.1371/journal.pone.0190238

Communiqué de presse (Université Laval, Québec)

Mary Magdalene - Frederick Sandys (1829-1904)

La rousse est particulière

On sait que les rousses, mais pas les roux, sont plus sensibles que les autres à la douleur. La rousseur est également associée à un plus grand risque de développer l'endométriose, la maladie de Parkinson, ainsi que des troubles de l'agrégation plaquettaire.

Une nouvelle étude confirme que la rousseur, surtout chez la femme, est reliée à certains problèmes de santé. Dans un échantillon de plus de sept mille participants, les rousses se classaient pire que les autres femmes dans dix catégories de santé et mieux dans seulement trois, étant surtout susceptibles de développer des cancers du gros intestin, du col utérin, de l'utérus ou des ovaires. Quant aux roux, leur état de santé ressemblait à celui des autres hommes : mieux dans trois catégories et pire dans trois. Le succès reproducteur, soit le nombre d'enfants, était la seule catégorie où les roux des deux sexes faisaient mieux que les autres participants.

Cette étude confirme également que la rousseur est naturellement plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Dans une moindre mesure, c'est le même constat avec la blondeur et les yeux verts. Ces couleurs vives semblent être le résultat d'une pression de sélection visant surtout la femme, peut-être la sélection sexuelle.

Les femmes étant surreprésentées parmi les roux, on peut émettre l'hypothèse que l'œstrogène favorise la synthèse de pigments rouges dans les follicules pileux, particulièrement au cours du développement fœtal. Alors, si un enfant nait à la fois roux et de sexe féminin, l'œstrogénisation de ses tissus organiques doit être, en moyenne, vers la limite supérieure de la normale. La rousse sera donc plus à risque de connaitre certains problèmes de santé.

Une autre hypothèse est possible. Si la rousseur a été la dernière couleur de cheveux à paraître, il se peut que les allèles sous-jacents n’aient pas encore fini de s'adapter au reste du génome et vice versa. Cette adaptation réciproque est d'autant plus nécessaire parce que l'un des cinq allèles pour la rousseur semble être d'origine néandertalienne. Notons que l'hypothèse d'adaptation incomplète n'exclut pas celle de forte œstrogénisation. En fait, il pourrait y avoir une interaction entre les deux facteurs. S'il est vraisemblable que la sélection sexuelle ait produit de nouvelles couleurs des cheveux et des yeux, il faudra expliquer pourquoi, dans cette palette de couleurs, la rousseur semble montrer la plus grande différence entre les hommes et les femmes, autant en termes de fréquence dans la population que sur le plan de la santé.

Image : Mary Magdalene - Frederick Sandys (1829-1904)

Traduction de l'Abstract

La rousseur des cheveux est associée à la sensibilité à la douleur, et plus chez les femmes que chez les hommes. La rousseur des cheveux peut ainsi interagir avec un facteur spécifique aux femmes. Nous avons testé cette hypothèse sur un grand échantillon de Tchèques et de Slovaques. Ils ont été interrogés sur la rousseur et la clarté de leurs cheveux, la couleur naturelle de leurs yeaux, leur santé physique et mentale (24 critères) et d'autres attributs personnels (taille, poids, nombre d'enfants, nombre total de partenaires sexuels, usage de tabac).

Résultats : Nous avons trouvé que les femmes rousses montraient de plus mauvais scores que les autres femmes sur 10 critères et de meilleurs scores sur seulement trois. En particulier, elles avaient plus tenance à souffir de cancer colorectal, cervical, uterin et ovarien. Le risque de cancer augmentait régulièrement avec la rousseur des cheveux, excepté pour le ton le plus roux. Les hommes roux ont montré un modèle équilibré d'effets sur la santé, ayant de meilleurs scores que les autres hommes dans trois critères et plus faibles dans trois. Le nombre d'enfants est le seul critère où les hommes comme les femmes ont montré de meilleurs scores que les autres. Nous avons aussi confirmé une découverte précédente que la rousseur est natruellement plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

Conclusion : Les femmes rousses montrent une plus grande fécondité et une plus grande attractivité sexuelle, mais cet avantage sélectif apparaît compensé par une santé moindre et ainsi une plus faible viabilité. L'équilibre résultant de ces deux forces opposées pourrait expliquer pourquoi la rousseur est restée moins fréquente que les autres couleurs de cheveux et d'yeux. Parmi les 'nouvelles' couleurs de cheveux et d'yeux, la rousseur diverge le plus de l'état ancestral de cheveux noirs et yeux marrons. Elle est le variant montrant le plus grand dimorphisme sexuelle, non seulement dans la fréquence de population mais aussi au niveau de la santé. Ce dimorphisme sexuel semble avoir résulté d'une pression sélective qui a agi pricnipalement sur les premières femmes européennes et a mené à une diversification générale et apparemment rapide des couleurs de cheveux et d'yeux.

Version originale de l'Abstract

Red hair is associated with pain sensitivity, and more so in women than in men. Hair redness may thus interact with a female-specific factor. We tested this hypothesis on a large sample of Czech and Slovak respondents. They were asked about the natural redness and darkness of their hair, their natural eye color, their physical and mental health (24 categories), and other personal attributes (height, weight, number of children, lifelong number of sexual partners, frequency of smoking).

Results: We found that red-haired women did worse than other women in ten health categories and better in only three. In particular, they were more prone to colorectal, cervical, uterine, and ovarian cancer. Cancer risk increased steadily with increasing hair redness except for the reddest shade. Red-haired men showed a balanced pattern of health effects, doing better than other men in three categories and worse in three. Number of children was the only category where both male and female redheads did better than other respondents. We also confirmed earlier findings that red hair is naturally more frequent in women than in men.

Conclusion: Red-haired women had higher fecundity and sexual attractiveness, but this selective advantage seems offset by worse health outcomes and therefore lower viability. The resulting equilibrium between these two counterbalancing forces might explain why red hair has remained less common than other hair and eye colors. Of the 'new' hair and eye colors, red hair diverges the most from the ancestral state of black hair and brown eyes. It is the most sexually dimorphic variant, not only in population frequency but also in health outcomes. This sexual dimorphism seems to have resulted from a selection pressure that acted primarily on early European women and which led to a general and apparently rapid diversification of hair and eye colors.

Voir aussi

Le QI des rousses. Philippe Gouillou. Douance. 3 mai 2018 :

Sur un échantillon représentatif de presque 6 000 hommes et femmes, les femmes rousses montrent un QI moyen inférieur de 2,0 points à celui des femmes blondes, et les hommes roux un QI inférieur de 3,4 points à celui des hommes blonds.

Liens

Historique

Date Modification
4 mai 2018 Ajout section Voir Aussi
15 janv 2018 Orthographe
9 janv 2018 Correction nom Université + Style + orthographe
8 janv 2018 1ère mise en ligne