L'espèce humaine est-elle auto-domestiquée ?

Philippe Gouillou - 22 August 2010  - https://evopsy.com/breves/humains-auto-domestiques.html
Tags : Anthropology, Biology, Genetics, Society
Dans un article de 2003, Helen M. Leach défend les arguments en faveur d'une auto-domestication biologique de l'espèce humaine. Les découvertes depuis de l'accélération de l'évolution humaine viennent confirmer son approche.

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L’hypothèse que l’espèce humaine serait une espèce auto-domestiquée (dans le même sens que le chien est une espèce domestiquée par l’homme) n’est pas nouvelle mais n’est pas encore pleinement acceptée. Dans un article de 2003, Helen M. Leach défendait les arguments en faveur d’une auto-domestication biologique. Depuis, la démonstration que l’évolution humaine s’est accélérée1 est venu confirmer cette approche même si sa conséquence est que les effets de l’évolution n’ont pas été les mêmes partout2, et que certains préfèrent éviter ce terme pour éviter tout risque de dérapage3.

Références :

Leach, H. M. (2003). Human Domestication Reconsidered. Current Anthropology, 44(3), 349-368. The University of Chicago Press. doi:10.1086/368119.

Traduction de l’Abstract

Dans l’usage scientifique, "domestication" signifie maintenant le processus par lequel les humains ont transformé des animaux sauvages et des plantes en des produits plus utiles via le contrôle de leur reproduction. Certains changements physiques et comportementaux ont été identifiés en tant que critères de domestication. Ils incluent les changement morphologiques de squelettes des premiers domestiqués au Moyen Orient (exemple : réduction de la taille et de la robustesse du squelette, racourcissement crâno-facial, et réduction de la taille des dents). Ces changement apparaissent aussi dans certaines populations humaines à partir de la fin du Pléistocène. Des pressions de "sélection inconsciente" sont de plus en plus évoquées dans les explications des ces deux types de données. Le paradigme durable du contrôle humain sur la domestication au travers de la sélection artificielle a impliqué que le parallélisme de ces changements n’est que rarement noté, et il n’y a eu que peu de tentatives d’explications globales depuis les débuts 1900. Récemment, seules les domestications symboliques et sociales ont été acceptées pour l’Homo Sapiens. Cet article présente des arguments préliminaires pour une domestication biologique humaine basées sur les effets de l’environnement construit, de la baisse de la mobilité, des changements de diète associés avec un sédentarisme croissant.

Abstract

In scientific usage, "domestication" has come to mean the process by which humans transformed wild animals and plants into more useful products through control of their breeding. Certain physical and behavioural changes have been identified as criteria of domestication. They include morphological changes affecting the skeletons of early Middle Eastern domesticates (e.g., reduction in size and skeletal robusticity, cranio‐facial shortening, and declining tooth size). These changes also occur in some human populations starting in the Late Pleistocene. "Unconscious selection" pressures are increasingly invoked in explanations of both sets of data. The long‐established paradigm of human control over domestication through artificial selection has meant that parallelism in these changes is seldom noted and few inclusive explanations have been attempted since the early 1900s. Recently, only symbolic and social domestication has been accepted for Homo sapiens. This article proposes a preliminary case for human biological domestication based on the effects of the built environment, decreased mobility, and changes in diet consistency associated with increasing sedentism.

Pour aller plus loin

Notes


  1. Hawks, J., Wang, E. T., Cochran, G. M., Harpending, H. C., & Moyzis, R. K. (2007). Recent acceleration of human adaptive evolution. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America*, 104(52), 20753-8. doi:10.1073/pnas.0707650104. pubmed:18087044

  2. Voir sur ce site : "Impact génétique de la civilisation : l’exemple de Rome par Peter Frost

  3. [Brüne, M. (2007). On human self-domestication, psychiatry, and eugenics. Philosophy, ethics, and humanities in medicine : PEHM, 2(1), 21. doi:10.1186/1747-5341-2-21 :

    In the case of "self-domestication", it is proposed that human characteristics resembling domesticated traits in animals should be labelled "domestication-like", or better, objectively described as genuine adaptations to sedentism.