Livres : 4 blondes (Candace Bushnell)

Philippe Gouillou - 8 March 2003  - https://evopsy.com/bibliographie/livres-4-blondes-candace-bushnell.html
Tags : Books, SexComp, Women
Quelques extraits liés à l'évopsy du très bon roman-reportage de Candace Bushnell.

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Candace Bushnell est l’auteur de la chronique Sex and the city1, dont elle a fait un roman, et qui est aussi le support d’une série TV à succès. 4 Blondes2 rassemble quatre nouvelles ("La vie facile", "Clairs-obscurs", "Platine", "Célibataires") chacune suivant un ou plusieurs personnages de 30 ans et plus se débattant dans l’environnement post-moderne des USA d’aujourd’hui. Comme le précédent, c’est un livre qui tient plus du reportage que du roman, et qui est de ce fait particulièrement intéressant. Ci-après quelques phrases (les italiques sont dans le texte) :

La vie facile raconte les aléas d’un ex-mannequin de 32 ans qui cherche un homme riche (mais ne veut pas passer pour une "pute") et finalement gagne un fric monstre en clamant une phrase stupide pour une marque de sous-vêtements (afin que les consommatrices puissent "s’y identifier") :

Page 59 :

C’est vrai ! vociféra-t-il. Comment est-ce que j’ai pu être aussi bête ? Tu es une femme moderne. Tu ne cuisines pas, tu ne fais pas le ménage, tu n’as ni mari ni enfants sur lesquels veiller, et tu ne travailles pas. Tu t’attends juste à ce qu’un type riche t’entretienne parce que tu es une... une... femme ! Et que le monde entier te doit quelque chose [...]

Page 60-61 :

Sans doute n’aurait-elle pas dû se comporter comme elle l’avait fait, mais était-ce vraiment sa faute ? Les hommes ne parvenaient pas à se mettre ça en tête : pour eux, il était normal de baiser à droite à gauche, au nom de la physiologie (il faut bien que je répande ma semence), mais quand une femme se comportait de la même manière, ils se montraient horrifiés. Ignoraient-ils que ça marchait pareil dans les deux sens ? D’un côté il y avait Redmon, qui avait un peu d’argent, une réputation plus ou moins établie, et une bicoque en guise de maison. De l’autre côté, il y avait Bill qui, en plus de la richesse et de la réussite, possédait une grande maison. Que s’imaginait donc Redmon ? Qu’elle allait continuer à perdre son temps avec lui ? Pourquoi le ferait-elle, dès lors qu’elle savait qu’elle pouvait avoir mieux ? Ca aussi, c’était physiologique.

Page 74 :

Depuis qu’elle avait seize ans, on ne cessait de lui promettre cette putain de récompense que devait lui valoir sa beauté et – plus tard – ses nichons. Où est-ce qu’elle était ? Où était la vie de rêves que sa beauté était censée lui apporter ?

Clairs-obscurs (pour adultes) raconte l’histoire d’un couple de journalistes, James et Winnie, biens sous tous rapports : ils ont un enfant (dont elle voudrait qu’il soit surdoué), disposent chacun d’une chronique régulière dans un journal, et bien sûr sont de gauche. James a un ami, Tanner, qui est une star. James se demande si Tanner ne pourrait pas être un mâle Alpha, comme on en trouve chez les chimpanzés, mais Winnie lui demande : "Si Tanner est un mâle alpha, qu’est-ce que tu es, James ?" (p. 158), aussi il abandonne l’idée. A la fin de l’histoire, Winnie a couché avec Tanner (et pris un pied qu’elle n’avait jamais connu) et James s’est sauté une petite journaliste (au "vagin énorme", qui "schlinguait un peu. Décidément, pas question de remettre ça". (p. 194))

Page 124 (quand Winnie risque de se voir un article refusée. Elle éructe : )

"J’espère que vous n’insinuez pas que mon article n’est pas assez bon, dit-elle d’un ton menaçant. Parce que j’ai déjà écrit des billions d’articles pour vous (c’est un de ses mots préférés, "billion") et ils ont toujours fait l’affaire. Donc, si vous ne me confiez pas le job..." Elle laisse la phrase en suspens. Ne prononce jamais les mots "discrimination sexuelle".

Page 136 :

Winnie pense beaucoup à son poids (trop, sans doute. Elle devrait se concentrer sur des choses plus importantes, comme les idées. Mais c’est plus fort qu’elle). C’est une farouche adversaire des magazines féminins qui se servent de jeunes mannequins osseuses. C’est une de ses bêtes noires (elle a écrit un article à ce sujet, un article en deux parties, intitulé "la peau sur les os, ça n’a rien de sexy". A la suite de quoi elle est passée dans deux débats télévisés, où elle a démoli son interlocutrice, la rédactrice en chef d’un magazine de mode). Mais elle ne voudrait pour rien au monde être "grosse" (elle se sent mal lorsqu’elle remarque qu’une de ses amies a pris du poids. Elle se sent supérieure — uniquement, bien sûr, parce qu’elle sait que les femmes qui grossissent sont malheureuses).

Page 178 :

Winnie veut qu’on l’aime.

Elle veut être chérie. Elle veut être estimée. (elle ne sait pas trop ce qu’être "chérie" signifie. Mais y a-t-il quelqu’un qui le sache ?) Elle veut entendre un homme lui dire : "Je t’aime, Winnie. Tu es tellement belle."

Et qu’il lui offre un beau bijou.

Est-ce vraiment trop demander ?

Platine raconte l’histoire d’un mannequin qui a réussi : elle a épousé le Prince Hubert de Luxenstein qui, en plus de son titre, fait fortune dans la télévision. Mais ses frasques (dues à ses dépressions) ont cassé son image dans la presse. Aussi, son premier agent cherche à remonter son image pour en faire une nouvelle Lady Di. La première étape est donc de faire croire que c’est son mari qui la rend malheureuse, afin de pouvoir la présenter comme une femme "farouchement indépendante" (p. 311).

Page 218-219 :

Pour ce qui est de la personnalité, il faut vraiment savoir s’y prendre avec les hommes. Etre capable de les manipuler, sauf que le mot "manipuler" ne convient pas vraiment, parce qu’il a des connotations négatives. Ce qu’il faut, c’est être tout le temps différente. Imprévisible. Pouvoir être tendre, gentille et attentive, un jour, garce et cassante le lendemain. Alors ils reviennent toujours, parce qu’ils ne savent pas à quoi s’attendre. Vous devez aussi savoir vous montrer distante, et être prête à rendre un homme jaloux. Mais tout cela ne sert à rien si vous n’avez pas le physique de l’emploi, parce qu’alors le type se dira : "A quoi bon ?", vous traitera de salope, et vous larguera.

Bien sûr, il y a des femmes qui, même sans le physique, arrivent tout de même à faire de beaux mariages. Mais elles n’épousent pas des hommes comme Hubert.

Page 259-260 (à propos des débuts de son mariage avec Hubert) :

C’est alors que j’avais compris que nous n’avions peut-être pas les mêmes attentes, quant à notre avenir commun. Qui, pour moi, signifiait en vrac : les bagages Louis Vuitton, les cheveux toujours parfaitement lissses, les Jeeps et l’Afrique, les jodhpurs, les colonnes blanches se détachant sur l’immensité bleue de la Mer des Caraïbes, les champs jaune pâle de la Toscane, un bal costumé à Paris, des bijoux d’émeraude, le Président, les jets privés, les suites des grands hôtels, les lits immenses, avec des draps blancs et des oreillers de plume, un coupé deux places, mon mari qui m’embrasse en permanence, des petits mots glissés dans mes bagages, avec "je t’aime" écrit dessus, et nos cheveux flottant au vent. Voilà ce que j’avais eu à la place : un "passionnant tour" d’Amérique.

Dans Célibataires la narratrice est une New Yorkaise qui est chargée par un magazine d’aller vérifier s’il est vrai qu’il est plus facile de se faire épouser en Angleterre, et de tester comment sont les Anglais au lit (sont-ils aussi mauvais qu’on le dit ?)

Page 329 :

"Eh bien, on reproche aux Anglais d’être nuls au plumard, dit Hamish d’un ton contrit. Mais je crois que nous faisons des progrès. Nous nous essayons aux préliminaires et nous n’avons rien, figurez-vous, contre les caresses bucco-génitales. Je fais des efforts pour être meilleur au lit. Je lis les magazines de ma mère pour découvrir comment mieux m’y prendre."

Notes


  1. Bushnell, Candace (2000) : Sex and the City LGF ; (Serie Gen.S.F.) ; ISBN : 2253152129 

  2. Bushnell, Candace (2001) : 4 blondes Albin Michel, Livre de poche, 15402. Traduit de l’américain par Dorothée Zumstein. v.o. : Four Blondes Atlantic Monthly Press, NY (USA), 2000