Impact génétique de la civilisation : l'exemple de Rome par Peter Frost

Philippe Gouillou - 17 February 2012 - http://www.evopsy.com/breves/civilisation-genetique-empire-romain.html
Tags : Genetics, Religion, Society
La chute de l'Empire Romain a souvent été expliquée par l'impossibilité d'assimiler des populations pas suffisamment “civilisées” dans une société complexe et pacifiée.
 

Un article de Peter Frost va dans ce sens en montrant comment l'imposition d'un monopole de la violence par l'état a un impact sur qui transmettra ses gènes, et conséquemment sur le type de population qui peuplera à terme cet état. A noter qu'un débat sur une liste scientifique américaine à propos de cet article de Peter Frost s'était intitulé : “The Barbarians inside the gates“[2]

Références

Frost, P. (2010). The Roman State and genetic pacification, Evolutionary Psychology, 8(3), 376-389, http://www.epjournal.net/filestore/EP08376389.pdf

Traduction de l'Abstract :

Au cours des dix derniers millénaires, le génome humain a changé a un rythme de plus en plus rapide. Les changements semblent refléter les adaptations à des nouveaux environnement sociaux, y compris le développement de l'Etat et de son monopole sur la violence. Les sociétés étatiques punissent les jeunes hommes qui agissent violemment de leur propre initiative. A l'opposé, les société sans Etat généralement récompensent ces comportements avec des succès, notamment des succès reproductifs. Donc, du fait de l'héritabilité modérée à élevée de l'agressivité masculine, les Etats ont tendance à supprimer les prédispositions violentes du pool génétique tout en favorisant les tendances à la tranquillité et à la soumission.

Cette perspective est appliquée ici sur l'état Romain, et spécifiquement sur son effort à long terme de pacification de la population générale. A l'époque impériale, cet effort avait si bien réussi que les Romains se voyaient eux-mêmes comme étant intrinsèquement moins violents que les “Barbares” derrières leurs frontières. En créant une population pacifiée et soumise, l'Empire devint aussi propice à l'expansion du Christianisme – une religion de paix et de soumission. Au global, l'Etat Romain a imposé un changement comportemental qui au travers du temps a altéré le mix de génotypes, facilitant ainsi un changement idéologique subséquent.

Abstract

Over the last 10,000 years, the human genome has changed at an accelerating rate. The change seems to reflect adaptations to new social environments, including the rise of the State and its monopoly on violence. State societies punish young men who act violently on their own initiative. In contrast, non-State societies usually reward such behavior with success, including reproductive success. Thus, given the moderate to high heritability of male aggressiveness, the State tends to remove violent predispositions from the gene pool while favoring tendencies toward peacefulness and submission.

This perspective is applied here to the Roman state, specifically its long-term effort to pacify the general population. By imperial times, this effort had succeeded so well that the Romans saw themselves as being inherently less violent than the “barbarians” beyond their borders. By creating a pacified and submissive population, the empire also became conducive to the spread of Christianity—a religion of peace and submission. In sum, the Roman state imposed a behavioral change that would over time alter the mix of genotypes, thus facilitating a subsequent ideological change.

Notes :

  1. Voir sur ce site : L'espèce humaine est-elle auto-domestiquée ?
  2. Voir aussi le débat sur le blog de Peter Frost et notamment la critique de Glossy (2 August, 2010 4:24:00 PM EST) à : Evo and Proud: The Roman State and Genetic Pacification