BBC News [1] cite un sondage de Prima Baby Magazine [2] sur 500 femmes :
- Les couples avaient 10 rapports sexuels par mois avant la grossesse, 5 pendant, et 4 après l’accouchement
- 2/3 affirment être trop fatiguées ou stressées pour avoir des rapports sexuels après la grossesse
- Presque la moitié affirment souffir de dépression depuis l’accouchement
- 78% affirment avoir des marques d’étirement
- 73% affirment avoir un ventre relaché
- La majorité affirme que leur partenaire est compréhensif devant leur chute de désir sexuel
- Selon Belinda Phipps, directeur du National Childbirth Trust, le fait d’avoir une césarienne ou non aura un impact sur la perception du corps, l’idéal étant de ne pas en avoir
- 1/3 affirme avoir craint l’infidélité du compagnon pendant la grossesse
Tout cela n’est pas très motivant... Bien sûr il y a énormément de variations individuelles, comme on peut s’en apercevoir en interrogeant son entourage. Par exemple, j’ai plusieurs cas de femmes ayant connu une forte hausse du désir (et du plaisir) sexuel juste après l’accouchement du premier enfant, et qui s’est poursuivi ensuite. L’approche évolutionniste est cependant plus intéressante. Tout d’abord, si l’on compare aux autres animaux, on peut être surpris que les rapports sexuels continuent pendant la grossesse (ça ne fera pas un enfant de plus). C’est une caractéristique humaine : les relations interpersonnelles y sont tellement vitales que le sexe n’a pas pour but que la procréation (je ne sais pas si les Bonobos (
Pan paniscus) font de même). Bien sûr, cet intérêt sexuel poursuivi n’est pas absolu : beaucoup de femmes m’ont raconté quel les hommes dont l’épouse est enceinte sont particulièrement infidèles. Je ne sais pas si ce serait statistiquement significatif, mais ça semble logique : l’homme a plus de chances de transmettre davantages ses gènes avec une autre qu’avec sa femme déjà fécondée. On pourrait se demander si les relations sexuelles entretenues par la femme pendant la grossesse, et juste après, ne sont pas un moyen d’essayer de conserver l’homme, qui sera nécessaire dans les années à venir (même en Occident, malgré le remplacement partiel de son rôle par "l’état-providence"). On peut ensuite se référer à une étude de Wedekind et al. en 1995 [3] qui a trouvé que les femmes non fécondées sont plus attirées par les odeurs d’hommes ayant un MHC [5] plus différent d’elles, et que ce choix s’inverse dès qu’elles sont enceintes. En d’autres termes, elles recherchent des étrangers pour la fécondation (ce qui est important dans la lutte antiparasitaire), et retournent vers leurs familles pour le soutien moral et matériel pendant la grossesse. Il semble donc logique que la femme n’aie pas une envie sexuelle très forte de son mari dans ces circonstances. Et au final on peut définir un modèle, qui s’il n’est pas toujours applicable semble assez généralisable : la femme aura de fortes envies sexuelles jusqu’à la fécondation, lesquelles chuteront pendant la grossesse et après, jusqu’à ce que son corps ait récupéré et qu’elle veuille un autre enfant. Bien sûr, à ce moment, elle regardera aussi autour d’elle...
- Sex ’less frequent after baby’. BBC News Wednesday, 6 November, 2002, 18:29 GMT
- www.primababy.co.uk
- WEDEKIND, C. ; SEEBECK, T. ; BETTENS, F. ; PAEPKE, A.J. (1995) : MHC-dependent mate preferences in humans. Proceedings of the Royal Society of London, Series B, 260:345-349, 1995.
- MHC (Major Histocompatibility Complex) = Complexe d’Histocompatibilité Majeur. Partie du génotype (chez les humains = Complexe HLA). Les gènes du MHC sont les plus différents d’une personne à l’autre, au point qu’ils servent à l’organisme à distinguer ses cellules de celles des autres (essentiel en cas de greffe). Voir le Glossaire Evopsy.